Créer son identité

Méphisto Bates a pas mal l’allure de ce qu’on imagine quand on entend son nom: cheveux foncés en chignon et barbe pas faite, chemise fleurie à manches courtes et shorts tachés de peinture, les cuisses couvertes de tattoos qu’il s’est  »stick-and-poke » lui-même. Il le porte extrêmement bien ce nom, c’est sûr, c’est lui qui se l’est donné! En effet,  »Méphisto » a été choisi, inventé par l’artiste. Ne demande pas qui il était avant, ça ne veut plus rien dire et plus personne n’utilise ce nom, même pas sa mère. Le jeune homme fait d’ailleurs hommage à la femme qui a élevé son frère jumeau et lui en portant le nom de jeune fille de celle-ci, une pierre deux coups car c’est aussi un doigt d’honneur à un père absent et désintéressé..!

 

L’oeuf, le coq, l’arc-en-ciel et la bite

 

Créer son chemin

Le ti-gars de Mascouche à toujours été plutôt obsédé par la création. Cette compulsion qui déborde jusqu’à en avoir délogé le nom sur son baptistère se manifeste très tôt chez Méphisto. C’est par l’entremise des constructions Imaginex, les Legos des milléniaux, que le jeune curieux commence à développer son muscle créatif. Il adore bâtir des maisons et des quartiers de police avec les emboîtements de murs du jeu. Enfant naïf, il voulait même faire carrière en construction, pensant que les ouvriers sur les chantiers créaient eux-mêmes les designs des bâtiments sur lesquels ils travaillaient. C’est en arrivant au cégep que ce désir de construire et de créer se manifeste en arts visuels. L’artiste en devenir applique en photographie au cégep du Vieux, mais ses mauvaises notes lui empêchent l’entrée… Une bonne chance que le programme d’arts visuels était moins contingenté! Là-bas, Méphisto trippote différents médiums, mais c’est le collage digital, fait presque uniquement sur son téléphone, qui occupe la majorité de l’espace sur son compte Instagram. Un documentaire sur Picasso, dont il est méga fan, pousse le jeune artiste vers la peinture quand il apprend que le grand maître a  »seulement » peint 1885 toiles en carrière. Bates fait rapidement la mathématique et décide qu’il va produire plus de tableaux que Picasso! Avec cette nouvelle mission d’envergure, le garçon qui n’a jamais aimé l’école ni se faire dire quoi faire, abandonne le cégep et se met à l’oeuvre sur sa production en peinture avec une passion inégalée

 

Croute sous les pieds et paysage

 

Créer: le combat

Étant encore en tout début de carrière, Méphisto est déjà très bien parti pour remporter son pari avec Picasso. À seulement 22 ans, le jeune prodige a déjà peint presque 400 œuvres. Pour mettre ce chiffre en perspective, ses collègues du même âge sont chanceux d’avoir même le quart de sa production à leur actif. Pour l’artiste, peindre chacune de ces œuvres était un véritable combat, une guerre entre l’instinct et l’oeil critique, une danse avec ses connaissances et ses aptitudes, faisant constamment gaffe aux faux pas! Chaque fois qu’il entreprend une nouvelle création, c’est avec le désir de produire la meilleure œuvre au monde qu’il monte dans le ring, espérant regarder son tableau victorieux après la bataille. Méphisto et ses œuvres sont souvent victimes de circonstances, restreint par la disparité des matériaux et les formats disponibles. L’artiste utilise chacune des couleurs à sa disposition jusqu’à manquer d’options. Souvent, la fin de la production sur un tableau s’annonce avec une erreur, quand le peintre recule et constate que le dernier coup de pinceau était de trop. Sur 400 combats, Méphisto concède une douzaine de défaites à date, des toiles qui ne sont jamais abouties correctement ou qu’il n’aime tout simplement pas.

 

Créer sans contexte

Vous ne verrez jamais un tableau de Méphisto Bates témoigner de la surconsommation de notre société. Il a beaucoup de misère avec les œuvres qui reposent trop intensément sur un sujet ou un point de vue social ou politique, qui dénoncent quelque chose à tout prix. Une oeuvre qui repose uniquement sur un contexte et qui devient inintéressante quand on la retire de ce contexte, ça emmerde royalement Mr. Bates! Pour Méphisto, le but est de créer quelque chose d’intéressant peu importe le contexte. Ce sont les couleurs, le geste et le mouvement qui dictent plutôt ses sujets et compositions. Souvent, c’est une œuvre que l’artiste affectionne particulièrement qui mènera la production entière d’une série. Quand les tubes sont à sec, que les bâtons de pastels gras sont en miettes et que la cacanne de spray pousse de l’air, c’est la fin de cette série-là!

L’aspect figuratif est rarement présent dans les œuvres de Bates. L’intention est d’avoir le moins de repères possible auxquels le spectateur peut s’accrocher. Il considère  »wack » et trop facile quand on pourrait remarquer une forme familière dans une œuvre abstraite et que son titre vient souligner cette forme-là. Ses titres à lui sont improvisés au moment où Bates les met sur Instagram.  »Crouttes sous les pieds et paysage » et  »l’oeuf le coq et la bite » sont des inspirations spontanées reflétant ses états d’âme et n’ont souvent rien à voir avec l’oeuvre. Demandez la raison derrière le titre pour entendre  »Je’l sais pas, j’men souviens pu! »

Il ne faut pas essayer de mettre une étiquette sur le genre d’art que Méphisto peint, il déteste quand on catégorise sa production. Si on le pousse à qualifier son art, le peintre se case quelque part entre l’expressionnisme abstrait et un automatisme naïf, mais mieux vaut ne pas trop utiliser ces termes qui le mettent en boîte, l’artiste devient claustrophobe!

Pouliche, pieds à l’envers lors d’une visite à Niagara

 

Créer pour vivre

Bates se fout pas mal de notre opinion sur ce qu’il fait!
Pour le peintre, être artiste c’est un trait de caractère et de personnalité plus qu’une profession. Être artiste, c’est un tempérament, une identité, dans ta personne au complet, tu nais avec ça dans toi. Pour lui, l’art est la chose la plus immortelle au monde, l’art a une âme, une vie qui dépasse l’artiste.

Il crée parce qu’il est hanté par un besoin d’extérioriser quelque-chose, de pondre du tangible et du physique pour sentir qu’il vit pour une raison, que ça pogne ou pas est très loin d’être un souci. Il angoisse plutôt à l’idée de se coucher le soir sans avoir créé pendant la journée,  »J’veux pas mourir demain sans avoir créé aujourd’hui! »

 

Rendez-vous sur Instagram pour voir son travail – @MEPHISTOOOOO

 

Méphisto Bates participera au Aussenwelt IV  les 19 et 20 octobre prochains, visite la page Facebook de l’événement pour plus de détails