Armé d’une nouvelle attitude de « laisser-aller » et suivant un peu plus le flow de la vie, Sébastien se met à prendre de plus en plus de risques dans sa production artistique. Il adopte une pratique quasi inconsciente axée sur la recherche des « happy mistakes » et motivée par une curiosité sans bornes. L’artiste oublie la perfection, il n’a tout simplement plus aucun intérêt pour elle. Il préfère plutôt travailler l’erreur et prône l’exploration avant tout

 

Sortir du cadre, 2019, Installation, Crayons marqueurs sur papier froissé, format variable

 

Gaudette est en perpétuelle expérimentation dans son laboratoire et tout produit artistique qui en sort n’est qu’un essai. Quelques-uns de ceux-ci réussissent et d’autres pas, les essais gagnants se voient bâtir des collections autour d’eux, et les perdants retournent dans l’usine créative pour se faire transformer et ré-imaginer dans un éternel recyclage d’idées. Machine de production et très habile dans la soumission de dossiers d’artiste, Sébastien expose dans plusieurs galeries et maisons de la culture un peu partout au pays. L’artiste touche-à-tout se perfectionne dans plusieurs médiums et monte des collections et installations pour habiller les différents espaces qui lui sont offerts. Il préconise une approche qui montre le processus créatif à l’audience. Pour chaque exposition qui lui est proposée, Gaudette retourne dans le tiroir à idées et ressort des prototypes à travailler. Ce sont les dates de remises, les strictes « deadlines » qui motivent sa production. C’est peut-être ce désir d’encadrement qui, sur un coup de tête, pousse l’artiste à rentrer en Arts Visuels et Médiatiques à l’UQAM après 7 ans de carrière. En obtenant son BAC, il peaufine une nouvelle approche en peinture qui lui score une place en permanence sur les murs de la Galerie MX. Celle-ci vend bien les peintures très colorées de l’artiste et en demande toujours plus et de plus en plus grands formats. Le pauvre Gaudette, qui travaille alors depuis un minuscule atelier en dessous des escaliers, nez collé aux immenses toiles, voit ses compositions dépérir et devient dépassé par la demande… Psychose s’ensuit!

 

Cahier à dessins, 2015, techniques mixtes

 

L’artiste-peintre, dégoûté par ses propres oeuvres et mis au bord du précipice, décide de rompre avec la galerie et d’abandonner la peinture et même la couleur, effectuant un brusque 180 degrés dans sa pratique artistique. C’est un retour forcé au dessin, au noir et blanc, à l’abstraction, une déconstruction finale dans une tornade de papiers froissés et de sketchs barbouillés qui ramène en fin de compte l’artiste à la simple et vierge feuille blanche… C’est une franche révélation pour Sébastien qui obtient soudainement son moment d’eureka! Le medium EST l’art. La feuille de papier, le support pour tant d’art à travers le temps, mise en vedette et explorée elle-même comme objet d’art! Voilà la genèse de la production courante de l’artiste, un sincère hommage à la feuille de papier dans toutes ses formes

À travers sa recherche avec le papier, Gaudette découvre que chaque feuille froissée est complètement unique et que même sans aucune écriture, elle porte un message. Le médium le plus simple et le plus utilisé au monde a une âme et est, en soi, d’une beauté inexplicable. Sébastien fait du papier, l’accompagnateur des mots et des dessins depuis la nuit des temps, le sujet primé de ses dernières collections. Il travaille avec une panoplie de différents papiers, il les chiffonne, les déchire, les barbouille aux crayons et marqueurs et les beurre d’aérosol pour ensuite leur donner une place d’honneur sur le mur. L’artiste copie et reproduit la feuille de papier en formats géants, des trompes l’oeil faits d’aluminium et sculptés avec des pinces et à la main, donnant ainsi au papier une pérennité inattendue

Chaque oeuvre se démarque, ses froissements et ses déchirures sont travaillés et deviennent stars. Dans cet âge du numérique, tout est parfait, tapé, corrigé et envoyé, souvent sans jamais se poser sur le vieux support meurtrier d’arbres. On l’oublierait presque, mais le papier est toujours là, touché et utilisé, recyclé et réutilisé sans cesse. Ce n’est que dans les expositions de Gaudette qu’il est pris à sa juste valeur, les oeuvres de l’artistes y sont mémoires d’un temps révolu où la feuille de papier était reine, seule porteuse de nos états d’âme et de nos mots d’amour…

 

Orange déchiré, 2018, Impression à jet d’encre sur papier, 30×24 po.

 

Party Party, 2018, Techniques mixtes sur aluminium sculpté, 11×8.5 po.

 

Rendez-vous sur Instagram pour voir son travail:

@sebastien_gaudette et sur son site: sebastiengaudette.com

 

Tu peux voir l’oeuvre de Sébastien en personne pendant l’exposition 
« SORTIR DU CADRE » à la Galerie Monkland située au 6400 avenue Monkland, à Montréal, jusqu’au 28 avril.

* Entrée Libre et à la Foire Papier au Grand Quai dans le Vieux-Montréal du 25 au 28 avril