Vie

Carte blanche : Richard Bernardin

PHOTO Richard Bernardin STYLISME Jay Forest (Folio) MAQUILLAGE Genevieve Lenneville (Folio) COIFFURE Nicolas Blanchet (Folio) POST-PROD Patricia Sinclair Trench Givenchy et chaussures Saint Laurent chez SSENSE

Les parents de Richard Bernardin se sont rencontrés à Chicago. Elle, haïtienne-italienne, et lui, haïtien-français. Puis naît le petit Richard. Dans les années 70, la tension raciale étant palpable aux États-Unis, ses parents prennent la décision d’aller s’installer au Canada. Toronto en premier puis Trois-Rivières où Richard, son frère et sa sœur grandiront.

Première génération d’immigrants, les parents de Richard sont très stricts. Il a la chance d’aller dans une école anglophone où la multiethnicité est très présente. Ses amis sont norvégiens, chinois, polonais, africains, français… Dès son jeune âge, il s’intéresse aux autres cultures et a une grande ouverture sur le monde, mais il aime aussi l’architecture. Ayant une faiblesse en chimie, il décide de mettre de côté son rêve d’entrer à McGill en architecture et décide plutôt de s’enrôler dans la Marine. C’est là qu’il commence à manipuler la caméra et que sa passion pour la photo se précise. « J’aimais le côté voyeur, le fait que je pouvais immortaliser un moment précis que personne n’aurait pu voir est fascinant.»

Après un accident qui le poussera à quitter la Marine un peu avant la fin de sa 4e année, Richard décide de tenter sa chance et de se consacrer complètement à la photographie.

PHOTO Richard Bernardin
PHOTO Richard Bernardin
PHOTO Richard Bernardin

En 1992, il tente le tout pour le tout et déménage a New York dans le but de faire des stages avec des photographes célèbres, question d’en apprendre davantage sur le métier. Sans Internet, Facebook ou téléphone intelligent, Richard fait de la recherche à travers les magazines. Il trouve les noms des photographes qui l’inspirent en plus de leur agence et c’est a l’aide d’un bottin téléphonique qu’il tentera de créer un premier contact.

Je crois fermement que dans la vie, tout est une question de timing, d’être a la bonne place au bon moment. L’histoire de Richard n’y fait pas exception. Un bon matin, portfolio en main, il se rend sur un shooting pour offrir ses services d’assistant. Après s’être buté à un directeur de studio pas très réceptif, il croise celui qui deviendra son mentor et une de ses plus grandes inspirations. Richard Avedon est près des ascenseurs alors que Richard s’apprête a quitter. Il demande à voir son portfolio. « On s’est assis et on a pris un café, il m’a posé plein de questions sur mon art, sur ce que je voyais, il a fait une analyse de mon travail que même moi je n’avais pas fait. Il a été super généreux, il m’a demandé de revenir le lendemain. J’y ai finalement passé une semaine a faire de l’observation. Il shootait la campagne Versace. Stephanie Saymour et était la, Christie Turlington aussi, c’était surréel. »

Ce qu’Avedon lui a fait réaliser à cette époque, c’est qu’être un gentleman était la clé. Au-delà du talent et de la photographie en soi, l’attitude du photographe et sa personnalité font souvent la différence.

 

PHOTO Richard Bernardin
PHOTO Richard Bernardin

Pour avoir eu la chance de travailler avec Richard quelques fois avant notre Collabo de cette semaine, ce qu’il priorise sur ses plateaux c’est le respect de ses équipes et le réel travail de collaboration entre sa vision et celle des artistes. Tous ont droit a une grande liberté créative et c’est l’addition des talents qui crée la Magie Bernardin.

Quand je l’ai questionné sur sa signature, d’ou lui est venu l’inspiration, il me répond les magazines Vogue et elle que sa mère achetait, mais aussi les Playboy de son père. C’est ce dernier qui lui a enseigné la différence entre l’élégance et la vulgarité. Une ligne très mince que Richard ne franchira jamais tout au long de sa carrière et qui contribuera à créer son style unique et facilement reconnaissable.

Richard, c’est un photographe vedette qui n’est pas star. Et ça aussi ça fait du bien. Le respect est roi et maître dans son univers. Jamais il ne s’emporte sur un set, les crises de diva, très peu pour lui.  Même si son métier l’amène à faire de belles rencontres et à s’accomplir créativement, quand je lui demande ce qui l’excite pour la suite la réponse est surprenante. Il aimerait se servir de son art et de son talent pour mettre sur pied une expo ou peut être même un livre sur les éléphants. Fasciné par l’animal depuis toujours, il aimerait mettre l’épaule à la roue et tenter de conscientiser les gens. Un projet qui ont l’espère verra le jour dans les prochaines années.

PHOTO Richard Bernardin
PHOTO Richard Bernardin
PHOTO Richard Bernardin

Homme accompli et papa de deux jeunes hommes (18 et 20) quand on parle de regret, il n’en a pas vraiment. Mais débuter sa famille très jeune alors qu’il venait de signer un contrat à NYC avec une des plus grosses agences de photographes au monde ( Peter Lindberg en faisaient aussi partie) ne fut pas le meilleur choix de carrière selon lui. Qu’à cela ne tienne, pour lui la famille a toujours été sa priorité. Il est donc rentré à Montréal en se faisant la promesse d’y retourner, mais par un autre chemin. Réussir à se rendre au top en étant basé à Montréal est-ce que ça se peut? « Oui et j’en serais encore plus fière parce que je l’aurai fait à ma façon, sans compromis et sans mettre ma famille et mes valeurs de côtés. Comme dit le dicton, tous les chemins mènent à Rome, et la vie ce n’est pas une course. C’est ce que j’essaie d’enseigner à mes garçons. »

PHOTO Richard Bernardin
PHOTO Richard Bernardin

Ce que je retiens de mon entretien avec Bernardin, c’est son côté humain, chaleureux, près des gens. Son ambition ne fait jamais d’ombrage a sa vie familiale et on sent que c’est en partie ce qui le ground et le rend si sain. Celui qui accumule près de 25 ans de métier a le vent dans les voiles, et mon petit doigt de me dit que The best is yet to come.